L'Orgue et la Lune, carte postale sonore de Bordeaux par Saudaà Group - Alexis Paul

L'Orgue et la Lune, carte postale sonore de Bordeaux par Saudaà Group - Alexis Paul

02 novembre 2017

SAUDAÀ GROUP – Alexis Paul
L'Orgue et la Lune, carte postale sonore de Bordeaux.


Après avoir parcouru le globe en 2016 avec son projet Saudaà Group, le musicien Alexis Paul a posé son orgue de barbarie un peu particulier à Bordeaux. Pendant trois semaines, il a tendu son oreille poétique sur les quartiers des Bassins à Flot et de Saint-Michel. Au delà de l'expérience artistique partagée, ce séjour aura été une riche aventure humaine et la rencontre avec une personne extrêmement attachante. Cette expérience relativement humide s'est achevée sous un beau soleil, signe encourageant pour de futurs projets imaginés et à inventer.

Cette résidence de création a été soutenue par la Ville de Bordeaux dans le cadre du Fonds d'aide à la création. Deux concerts ont eu lieu à la Chapelle du Crous de Bordeaux Aquitaine à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine et au Pont du Pertuis en préalable du "Festival de l'amour" dans le cadre d'Agora, ainsi qu'une présentation de l'orgue aux enfants du Centre Social Bordeaux Nord.

Afin de vous remercier d'avoir participé à la venue d'Alexis, à son accueil et à la réussite de ce projet, nous sommes heureux de vous livrer le fruit de ce séjour, une traduction de cette immersion en son, en texte et en vidéo. Bonne écoute et bonne lecture!

*Création sonore et musique : Alexis Paul 
** Violon alto : Marjorie Dumerc

Connaissez-vous l'agate-paysage, un type de silice volcanique capable de piéger des imperfections dans la roche et simuler, par vitrification, des paysages réalistes ? Cette pierre m'amène à la musique : existe-t-il aussi des instruments capables de simuler le monde ou même de l'évoquer ? Il semblerait que le langage chez l'être humain ait évolué de cette manière, id est par la reproduction des sons de la nature, et que la musique en eut été le principal moteur. Étonnante information qui nous plonge dans les origines de notre développement social, qui dès lors relève plus de notre capacité à imiter des écosystèmes qu'à notre volonté de s'en détacher.

L'enjeu pour un "artiste", mais en fait pour chacun d'entre nous, serait de retenir en nous des mondes et de les restituer, augmentés de notre propre monde. Ce serait une manière très écologique de vivre, que d'absorber le monde avant de l'habiter. Nous ne serions plus seulement observateurs-consommateurs mais ouvriers conscients du paysage, au sens où rien de ce que nous proposerions ne serait étranger à l'équilibre dont nous provenons. Cette solidarité nous rendrait, je crois, responsables que d'essayer de comprendre la vie qui nous entoure. Elle donnerait à notre prétention à la liberté une place plus humaine et nous éloignerait de nos peurs. Cette absorption, je la nommerai peut-être "poétique de la culture".

Retour en vidéo de la restitution de son travail dans le cadre d'État d'Urgence, le Festival de l'Amour organisé par Les Vivres de l'Art, le 22 septembre dernier.
-> Captation et montage par Julien Le Youdec

Je rêve de ce monde où les gens écoutent et regardent avec une qualité sublime, de ce monde où les gens croient à la mystique du détail , de l'insignifiant ou de l'inutile. Mais je sais qu'il n'est qu'idéal. Cette utopie n'arrivera que lorsque la prophétie d'un monde sensible aura détruit le capitalisme et qu'Édouard Glissant rédigera les traités transnationaux. Malheureusement, la première n'est pas née et le second est lui, si grand qu'il était, déjà mort. Nous en sommes très loin, oui, mais nous sommes tous de même quelque-uns.

Alors, réduit à ce qu'il m'est possible de faire, tel un orgue-paysage à la fonction sociale, je tourne les accords au rythme du décor. Les entendez-vous ? Wagons de la " modernité " , eaux de différentes nature et de diverses états, grincements de pont, voix de bulgare errant, rotations de bicyclettes , moteurs assourdissants, marchés, terrasses, et toujours au loin des spectres ou des oiseaux mourants. Voici ce que j'ai retenu de mon séjour dans le Port de la Lune : des paysages noyés dans des nuits très profondes ; Il faut tout écouter, tout regarder, tout aimer, surtout ne pas hiérarchiser. Il y a toujours, comme dirait mon ami Julien Van Anholt, "Du Lumineux dans les replis".

                    

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